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La conception matérialiste de l'Histoire

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La conception matérialiste de l'Histoire

Message par Camarade Troska le Mar 7 Aoû - 8:46

(Je m'auto-cite)

Pour commencer assez simplement, il existe une évolution dans la pensée et la conception que peut avoir l'Homme de l'histoire.
En premier lieu, on a eu le droit à une conception théologique de l'histoire, qui a commencé par l'animisme, ou le fait que chaque composante de la nature soit doté d'une âme, puis qui est allez vers le monothéisme. En gros, c'est mettre au centre Dieu comme force motrice capable de tout, qui provoque guerre, déluges, évènements divers et variés. L'homme ne joue aucun rôle là dedans, il ne fait qu'obéir à une conception divine.
Avec l'apparition des découverts scientifiques, mathématiques, il va y avoir un retournement complet des valeurs, avec des individus qui vont chercher à chasser "l'obscurantisme" du Moyen-Age et sa scolastique. C'est une offensive idéologique de la bourgeoisie montante, progressiste et libérale, ce qui donnera les Lumières plus tard, avec sa conception de l'homme rationnelle sur qui tout repose, et qui doit être emmené et guider vers un idéal de savoir etc etc.
La dernière conception fut celle issue de l'idéalisme Allemand, dont le dernier grand nom fut Hegel. La conception Hégélienne de l'histoire, c'est à dire que le but final de l'histoire, c'est la réalisation de l'Etat, ou l'Idée s'accomplirait dans une organisation juridique capable de réaliser la liberté dans son essence. Je rappelle que Hegel était un grand admirateur de la Grèce Antique, de son système politique qui plaçait le bonheur et la participation au coeur de la société civile, donc offrant une "liberté authentique". L'hégélianisme interprète la longue histoire de l'humanité comme ayant un sens, comme la liberté de l'homme progressant étape par étape grâce à la philosophie, à l'art, aux sciences... En gros pour Hegel, l'Etat est la forme ultime de l'Esprit et de la Raison, fin du travail du concept et de la recherche dialectique de la vérité.

Marx a fait une violente critique de la conception Hégélienne de l'histoire, puisque là où Hegel voyait dans l'Etat le développement de la Raison et de la liberté, Marx et Engels y ont analysé les caractéristiques de l'Etat Bourgeois en formation, car les réponses ne sont pas à chercher dans l'Etat ni dans des individus, mais dans la société civile qui sépare les pauvres des riches, crée la division du travail etc etc. Hegel a une conception idéaliste de l'Histoire, malgré son utilisation la dialectique, il s'est borné à considéré comme "Nature" un état historique du monde. Un exemple tout bête, Hegel comprend que Napoléon puisse finir la révolution, c'est normal. Sauf qu'il n'explique pas pourquoi et de quel façon, ce qu'introduisent Marx et Engels avec le matérialisme dialectique.
Hegel fut aussi critiqué par Marx pour interpréter le monde et non le transformer, ("Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde, or il s'agit de le transformer.") ou en renversant complètement la conception Hégélienne ("Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur vie sociale, c'est au contraire leur vie sociale (concrète, réelle) qui détermine leur conscience".) en montrant que c'est la vie réelle et concrète qui donne une primauté certaine sur les idées qui vont suivre. Parce que pour réaliser les Idées, faut bien que les hommes les mettent en pratique... De même, dans le domaine de l'interprétation de l'histoire, les idées ne peuvent êtres considérées comme sujet de cette histoire. Les idées se forment au contraire dans et par la pratique matérielle. Il faut donc chercher à expliquer cette pratique matérielle et son origine. C'est en cela que Marx transforme la conception hégélienne de l'histoire, ce qui donnera le matérialisme historique. Cela dit, Hegel reste idéaliste, avec d'énormes défauts, mais à permis à Marx par exemple de comprendre les moments donnés de l'Histoire, ou à Bakounine de considérer cette conception comme négation du présent au profit de l'avenir, et que toute conciliation est une tentative de briser le mouvement dialectique de l'histoire.

Marx et Engels arrive à concilier la dialectique - science du mouvement - avec le matérialisme dialectique, qui est lui même une remise sur pied du matérialisme et de l'idéalisme. Remettre Hegel sur ses pieds en quelque sorte, comme il le disait si bien. Après avoir critiqué tour à tour la religion, la philosophie et la politique (L'Etat), ils vont comprendre que les phénomènes économiques sont très importants. Critique de la religion comme abstraction de l'homme à travers Dieu, et la critique de la philosophie va passer par celle de l'Etat Bourgeois donc ne pas rechercher en lui-même les problèmes/solutions mais bien dans la société civile. Car L'Etat exprime un rapport de forces déterminé au sein de cette dernière. Cette analyse débouche à son tour sur l'étude du pourquoi de ce rapport de forces entre différentes classes sociales, question qui abouti à la nécessité d'étudier la façon dont les hommes s'organisent pour assurer leur subsistance, leur production...

Il va donc y avoir une analyse complète, qui commence par celle de l'infrastructure, (Base de la société en classes, mode de production...) qui va s'opposer à la superstructure, qui est l'ensemble des conventions idéologiques, juridiques et politiques.
Dans une société basé sur le rapport entre les classes, il y a toujours une opposition dialectique entre les forces productives et les rapports (sociaux) de production : Car les premières ont tendance à se développer, tandis que les rapports de production ont tendance à être figés par la classe dominante qui en profite. Lorsque la contradiction devient trop criante entre forces productives et rapports de production, le mode de production est menacé, et les conditions objectives d'une révolution sociale sont en place. Les contradictions dans la sphère idéologique accompagnent généralement de près cette évolution matérielle...Il y a un très bel exemple avec la révolution Française, les forces productives dégagés par la bourgeoisie (Manufactures, développement des machines) se sont retrouvés bloqués par les rapport de production de la noblesse, basé sur la propriété terrienne et foncière, qui bloquaient toute initiative, toute liberté d'entreprendre.
Il n'y a donc pas de fatalité historique ! Toute réalité est faite de contradictions, sans ces dernières, il ne peut y avoir de progrès possible. Ce sont les contradictions qui expliquent le mouvement, les enchaînements entre les différents modes de production car à chaque mode de production déterminé correspondent des types de contradictions déterminées. Mais il existe une contradiction fondamentale expliquant l'évolution des modes de production, comme je l'ai décrit juste au-dessus.

"Le premier fait historique est donc la production des moyens permettant de satisfaire ces besoins, la production de la vie matérielle elle-même, et c'est là un fait historique, une condition fondamentale de toute histoire que l'on doit, aujourd'hui encore comme il y a des milliers d'années, remplir jour après jour (...) simplement pour maintenir les hommes en vie" Marx & Engels, l'Idéologie Allemande.

Les rapports sociaux de production sont avant tout déterminés par la manière dont les hommes produisent, donc par les forces productives. Produire la vie, c'est produire du travail, produire une énergie ... Le travail est justement la chose centrale ici, puisqu'elle est conditionné par la manière de produire, comment et de quel façon, qui va produire, sous quel contrainte ou volonté propre, si on va être dans une société basé sur l'esclavage ou une société primitive. Ce qui me permet d'introduire plusieurs choses :
1) Le matérialisme historique n'est pas un vulgaire déterminisme économique qui prétendrait que tel état des forces productives implique mécaniquement tel état de conscience sociale. Quand Marx dit "Le moulin à bras vous donnera la société avec le suzerain ; le moulin à vapeur, la société avec le capitalisme industriel" il ne dit pas "Dans une société avec le moulin à bras vous aurez les troubadours, l'amour courtois, les Bénédictins et rien d'autre !" C'est donc bel et bien les rapports sociaux de production qui font le lien entre infrastructure (Base de la société en classes, mode de production...) avec la superstructure (Instance politique, juridique et idéologique) Les hommes font l'Histoire, mais ils ne le font pas arbitrairement en claquant des doigts parce que ça leur traverse un jour l'esprit par miracle, mais par des conditions directement héritées du passé.

2) Sur l'historicisme, je tiens à dire que e matérialisme historique n'est pas un historicisme. Si on en croit les gars comme Karl Popper & consort, on ne peut pas être engagé et être objectif dans notre analyse. Ce qui est marrant, parce que en sachant que l'histoire est écrite par les vainqueurs, se contenter de recracher le discours dominant, c'est faire preuve de faiblesse. On ne prétend pas avec cette manière d'analyse, prouver tout et surtout n'importe quoi. En tant que modèle scientifique, il propose des explications qui ont dores et déjà montré une cohérence remarquable pour une science qui s'intéresse à un sujet aussi complexe que l'histoire des sociétés humaines. Un modèle peut être critiqué sur ses hypothèses et peut toujours être affiné, mais c'est rejeter en bloc l'idée de modèle sans rentrer des les détails qui est réactionnaire en science, pas son étude.

3) On est pas chrétien, on ne pense pas que le bout final de l'histoire, c'est le communisme ou une sorte de paradis magnifique. Un marxiste ne fait pas de morale. Si une classe est susceptible de prendre le pouvoir, c'est bien le prolétariat dans son ensemble, qui si il renverse la société, n'aura plus personnes à exploiter en tant que classe, en sachant qu'on aura socialisé les moyens de productions par la même occasion, on aura aboli toute forme de domination de l'homme par l'homme, donc plus de classes sociales. Marx insistait sur le fait que le communisme "est une figure nécessaire" et un "principe dynamique", mais qu'il n'est pas "comme tel, le but de l'évolution humaine - la figure définitive de la société humaine (...).", donc un début de règne d'une liberté pleine et entière, la fin de la préhistoire de l'homme et l'ouverture de beaucoup d'autres possibilités.

Pour essayer de récapituler :
- Analyse de l'infrastructure de la société, des forces productives (Force de travail + moyen de production), des rapports sociaux de productions (Organisation sociale autour des moyens de productions : Qui possède, qui travaille, qui redistribue les marchandises... et constitués par le type de propriété des moyens de production qui existent à telle ou telle époque (propriété terrienne sous le féodalisme, propriété privé des entreprises sous le capitalisme...) et de la formation des classes sociales comme base de l'exploitation de l'homme par l'homme, (Justification anthropologique qui montre ceci il y a plus de 8000 ans, avec la révolution au néolithique) à cause de la division sociale du travail.
- Analyse de la superstructure, donc des idées et des justifications trouvés à un moment pour qu'il y a tel ou tel ordre social, montrer leur rapport dialectique et les contradictions qui existent inévitablement. L'infrastructure détermine en grande partie la superstructure (Droit pour la protéger, idéologies pour la justifier, politiques pour la pérenniser...).

«Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté; ces rapports de production correspondent à un degré du développement de leurs forces productives matérielles. L'ensemble de ces rapports forme la structure économique de la société, la fondation réelle sur laquelle s'élève un édifice juridique et politique, et à quoi répondent des formes déterminées de conscience sociale. Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuel. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. A un certain degré de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en collision avec les rapports de production existants, ou avec les rapports de propriété au sein desquels elles s'étaient mues jusqu'alors, et qui n'en sont que l'expression juridique. Hier encore formes de développement des forces productives, ces conditions se changent en de lourdes entraves. Alors commence une ère de révolution sociale....» Contribution à la Critique de l'Économie Politique, Karl Marx

Le matérialisme historique est donc un outil essentiel du marxisme. Malgré son nom, il ne s'agit pas seulement, à travers cet outil, de comprendre le passé, le pourquoi et le comment de l'enchaînement des différents types de sociétés qu'a connu l'humanité. Le matérialisme historique permet également de comprendre quelles sont les forces sociales à l'oeuvre aujourd'hui, ce qu'elles représentent, et finalement, où il est le plus utile de concentrer l'action révolutionnaire.
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