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L’histoire de France triomphe, sauf à l’école

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L’histoire de France triomphe, sauf à l’école

Message par Marquis le Jeu 11 Juil - 14:49

L’histoire de France triomphe, sauf à l’école

Maltraitée ou réduite à la portion congrue par l’éducation nationale, l’histoire de France prend sa revanche en librairie. Faut-il y voir une coïncidence ?

Parue en 2004, sans cesse rééditée, l’Histoire de France pour les nuls dépasse le million d’exemplaires vendus. Fait divers ? Phénomène de société ? En tout cas, le virus de l’histoire de France touche tous les éditeurs, petits et grands, nationaux et régionaux.

Ils jouent de la nostalgie, usent de vieilles recettes, rappellent Job et Maurice Leloir, préfèrent l’anecdote à la fresque, innovent peu, répètent beaucoup et déclinent notre histoire sous tous ses aspects en négligeant la recherche historique récente. Pêle-mêle, voici le Grand Album d’histoire de France de notre enfance (Gründ), Ceux qui ont fait la France (Leduc Éditions), L’histoire de France pour ceux qui n’ont rien retenu (City) et Ces auteurs qui ont raconté la France… pour les surdoués (France Empire).

L’honorable maison Larousse, éditeur depuis 1852, repêche les cancres avec son Histoire de France pour ceux qui ont tout oublié, sort un Grand bêtisier de l’histoire de France dû à Alain Dag’Naud, agrégé d’histoire et responsable de la rubrique Mots croisés au Canard enchaîné, et offre, dans sa série du Petit Larousse illustré, les Rois de France, les Grands Événements de l’histoire de France. Quant à La Découverte, édition contestatrice, elle aligne une collection “Archéologie de la France”, remarquable par le texte et par l’image, qui dépasse l’Antiquité et conduit jusqu’à l’époque contemporaine. Même Jean-François Kahn se jette dans la mêlée avec son Invention des Français. Du temps de nos folies gauloises (Fayard), une histoire déjantée, mais point sotte et bien informée. Parallèlement, après l’Histoire de France de Jules Michelet, les Éditions des Équateurs poursuivent la parution de la vieille et très positiviste Histoire de France dirigée par Ernest Lavisse, soit 27 volumes parus de 1901 à 1922.

Bref, une tendance dont profitent quatre éditeurs : First, les Presses universitaires de France (Puf), Belin, Le Seuil. Une maison d’édition rue Mazarine, un café, un bureau universitaire, un restaurant à Belleville : quatre décors, quatre directeurs de collection, quatre styles.

Jean-Joseph Julaud, l’auteur de l’Histoire de France pour les nuls, est un homme heureux, discret, qui pourrait passer inaperçu, comme un personnage de Sempé. Au bout de la grande table de la salle de réunion de First, il confie son secret de fabrication : « Trois ingrédients, l’émotion, le rire et l’information, distillés dans l’histoire que je raconte et qui n’est pas simplifiée. On a abandonné son enseignement à l’école. Ou plutôt, l’histoire est devenue si cérébrale que les faits sont quasi négligés. » De la vulgarisation de qualité ? La langue est familière, le ton décontracté, les titres clinquants, le vocabulaire modernisé avec des clins d’oeil appuyés (les Gaulois portent des “moustaches bovéennes”). Les faits sont parfois accrochés à des poncifs erronés (Blandine, la martyre chrétienne de Lyon en 177, est “jeune, frêle, belle”), parfois minimisés (la colonisation en une page !) ou déformés (Seconde Guerre mondiale, fin des colonies, guerre d’Algérie). Cela dit, le lecteur grappillera quelques détails.

Pour l’auteur, le succès. Il démissionne de l’enseignement, écrit à un rythme hallucinant (huit livres en 2008 !), tire pour la collection “Pour les nuls” des produits dérivés de son Histoire de France : une adaptation pour les juniors, une version en poche, douze albums de bandes dessinées dont quatre sont publiés ; un Cahier d’histoire et un ouvrage sur Petits et grands personnages de l’histoire de France.

À deux pas de cette maison d’édition, la Sorbonne, sa place, ses cafés. Rendez-vous avec Claude Gauvard, une médiéviste, professeur émérite à l’université de Paris-I Sorbonne. Cette spécialiste de l’histoire de la justice à la fin du Moyen Âge est une femme d’influence : directrice de revues spécialisées et de collections, elle a présidé le jury de l’agrégation d’histoire de 1998 à 2001. Chaleureuse, même volubile, elle lance aux Puf Une histoire personnelle de la France qui comprendra sept volumes. « J’ai tenu, dit-elle, à toucher un public large, à lui proposer des choses simples, rigoureuses, à lui donner le dernier état de la recherche et à aller contre les idées reçues reprises souvent par les médias. Pour cela, j’ai choisi avec les différents auteurs d’adapter à l’écrit le ton oral qui est celui d’un cours. » De fait, dans les deux premiers titres (Des Gaulois aux Carolingiens, de Bruno Dumézil, le Temps des Capétiens, de Claude Gauvard), le récit est privilégié, la chronologie rétablie, les portraits sont nombreux et bienvenus, les synthèses fulgurantes et justes (ainsi sur le catharisme).

Sous un petit format de 200 pages environ, un concentré de savoir. Parfois trop elliptique, surtout dans le premier volume, il reste accessible à tous. Mieux, il apprend beaucoup avec des auteurs qui conservent leur liberté et leur vision personnelle de notre histoire.

Pourquoi cette vogue de l’histoire de France ? Gauvard l’explique par la recherche d’identité et la peur du futur, deux sentiments très profonds dans une période de crise. Autre universitaire, autre réponse : « Il existe une spécificité française du goût pour l’histoire, une réelle appétence de tous, hommes politiques comme simples citoyens, pour cette discipline », assure Joël Cornette dans son bureau de l’université Paris-VIII Vincennes Saint-Denis où il enseigne l’histoire moderne.

Réservé, timide, un peu distant, ce Breton est l’un des acteurs importants, quoique peu connu, du petit monde de l’histoire, recherche et éditions confondues. Sous sa direction vient de s’achever chez Belin, un éditeur resté indépendant depuis 1777, une imposante Histoire de France, la première de cette importance depuis les années 1980 : 13 volumes, 20 auteurs, près de 10 000 pages, 2 500 illustrations généreusement commentées, 500 cartes originales réunies dans un atlas autonome.

Chaque volume (sauf les Grandes Guerres, 1914-1945) comprend un récit chronologique qui présente sans notes la période envisagée (le découpage de l’ensemble suit la respiration de la vie politique, moteur en France de l’histoire où l’État a fait la nation) et un “atelier de l’histoire”. Ce dernier met en lumière les sources, l’historiographie, les controverses et les enjeux que suscite cette période et dévoile la démarche de l’auteur.

Pas de racolage, aucun compromis, les volumes, présentés en version brochée ou en édition de prestige, intimident. Impossible de tout lire. Ceux que j’ai consultés, malgré quelques réserves, répondent à l’attente que le lecteur est en droit d’exiger : beauté des images (“un musée de papier”), analyse fouillée, synthèse large, temps courts des événements, temps longs des structures, vie quotidienne et vie politique, variété des points de vue. L’entreprise était risquée. La réussite est là : chaque volume dépasse les 10 000 exemplaires. Deux m’ont paru exceptionnels, Féodalités (888-1180), de Florian Mazel, et la France des Lumières (1715- 1789), de Pierre-Yves Beaurepaire, deux historiens peu connus.

« J’ai voulu donner, précise Joël Cornette, la parole à une nouvelle génération d’historiens qui a du souffle et de la pratique. Elle porte un regard neuf, différent du mien sur notre passé commun. Ce renouvellement de la recherche est maintenant accessible à un large public qui, j’espère, pourra y aiguiser son esprit critique. Il comprendra qu’il existe des vérités plurielles en histoire et que celle-ci s’écrit au temps du présent, un temps en perpétuel mouvement. »

Changement de décor : un authentique restaurant des années 1920. Il est vrai que Johann Chapoutot, qui dirige l’“Histoire de la France contemporaine” au Seuil, est un spécialiste du XXe siècle, en particulier de l’entre-deux-guerres. Abord facile, conversation brillante et éclectique, fine culture germanique, il aime sortir de sa discipline, admet les critiques que je formule à l’égard du Crépuscule des révolutions 1848-1871, l’un des trois titres parus sur les dix que comptera cette série, est comblé des compliments que je lui adresse pour Monarchies post-révolutionnaires 1814-1848.

« L’une des singularités de cette collection est, dit-il, le tuilage de volume à volume. C’est-à-dire que nous n’avons jamais voulu couper la continuité de notre histoire nationale par des dates qui sont artificielles, même si elles évoquent un événement précis. Ainsi nous ne commençons pas en 1789, mais en 1799 lorsqu’arrive au pouvoir une nouvelle génération dont Bonaparte est le représentant. En un sens, la Révolution appartient plus au XVIIIe siècle et le fait majeur du XIXe à nos jours est celui de la nation que l’on redécouvre maintenant à cause de la mondialisation. »

Autre singularité qui s’impose à la lecture : chaque époque est vue avec les yeux des contemporains, comme si le lecteur ignorait la suite des événements. Donc, pas de téléologie historique et pas de période entre deux révolutions pour les années qui s’étendent de 1814 à 1848, mais une interrogation plus subtile où la Restauration n’est pas vouée à l’échec : comment faire une monarchie après une révolution et malgré des mouvements révolutionnaires qui subsistent ? Enfin, cette série explore la France dans deux directions : hors de France en examinant toujours les rapports des Français avec le monde de leur temps et en France même en quittant souvent Paris et en s’installant en province ou dans l’empire.

L’histoire de France, une matière en perdition ? Assurément pas. Mais en pleine expansion.

http://www.valeursactuelles.com/l%E2%80%99histoire-france-triomphe-sauf-l%E2%80%99%C3%A9cole20130625.html
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Re: L’histoire de France triomphe, sauf à l’école

Message par Maika le Jeu 11 Juil - 15:12

Il est faux de croire que l'histoire de France est "réduite à la portion congrue" dans le parcours scolaire de nos bambins.

C'est toujours la même chose : il est extrêmement facile de dire que "les jeunes d'aujourd'hui n'aiment plus autant l'histoire qu'avant" ou qu'on ne leur enseigne plus l'Histoire avec un grand H.

Les courants historiographiques majeurs de ces dernières années (histoire postcoloniale notamment, histoire de la violence aussi) pénètrent de mieux en mieux les programmes scolaires.
Ainsi, lorsqu'on étudie la Première Guerre Mondiale maintenant, on insiste davantage non plus sur la traditionnelle description des tranchées et de la guerre de position, mais on regarde avec honnêteté la violence extrême des combats, les témoignages de soldats qui prennent goût à la barbarie et au sang, en quelque sorte.

De même, de mon point de vue, l'histoire de la Guerre d'indépendance algérienne reste largement sous-traitée et considérée toujours en "noir et blanc", si je puis dire, c'est-à-dire "gentils" contre "méchants".
Je pense même que l'OAS, très peu traitée, doit être d'une part mieux considérée, et d'autre part, cesser d'être facilement résumée en "méchants colons qui se vengent". L'histoire est plus complexe, et certains membres de l'OAS méritent que l'on se penche plus objectivement sur leurs motivations.

Je pense au contraire que le problème de l'histoire actuelle est qu'elle ne dit rien, ou très peu de choses, sur l'histoire des transferts culturels et l'histoire des autres "aires de civilisation", comme il est convenu d'appeler cela.
Des modules d'histoire africaine précoloniale, sur les grands Empires et les Royaumes subsahariens seraient pour moi une véritable "nouveauté".
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Re: L’histoire de France triomphe, sauf à l’école

Message par Merl1 le Jeu 11 Juil - 15:54

Maika a écrit:
Des modules d'histoire africaine précoloniale, sur les grands Empires et les Royaumes subsahariens seraient pour moi une véritable "nouveauté".

C'est déjà le cas en 5ème pour la période "médiévale", Songhaï, Grand Zimbabwe etc... Il me semble.
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Re: L’histoire de France triomphe, sauf à l’école

Message par Maika le Jeu 11 Juil - 16:00

Je sais qu'en 5ème on étudie le Monde Arabe, je n'ai absolument aucun souvenir d'avoir étudié cela en 5ème, mais vous dites peut-être vrai.

Je viens de regarder et il y a une petite séquence intitulée "Regards sur l'Afrique", qui est assez nouvelle manifestement.
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Re: L’histoire de France triomphe, sauf à l’école

Message par Charles Pasqua le Jeu 11 Juil - 16:17

Oui on étudie Mahommet, rapport avec l'histoire de france ?
Sur l'algérie on a parlé très peu de l'OAS, je ne m'en rappelle plus si on avait une seule fois parlé de l'OAS.
Pour le mandat Chirac on a juste parlé de Jospin, l'oeuvre de Chirac, Balladur que dalles. On a fait énormément sur les DROM COM... Le programme est réellement baclée, mais cette année la prof aimait bien son métier c'est grace à elle si j'ai pu sortir premier de corse lors du concour national de mémoire.
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Re: L’histoire de France triomphe, sauf à l’école

Message par Camarade Troska le Jeu 11 Juil - 16:19

Ceux qui ne connaissent pas l'Histoire, sont condamnés à la revivre...
Moi j'aime l'histoire en générale et celle de mon pays. Je n'ai rien contre le fait de faire des modules sur d'autres civilisations ou autre, mais il serait bon de se re-centrer sur la création de notre Etat-Nation, des treize siècles de royautés, etc etc... Que l'on sorte des clichés, des on-dits et de l'ignorance.
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Re: L’histoire de France triomphe, sauf à l’école

Message par Maika le Jeu 11 Juil - 16:22

Pasqua : vous êtes en troisième. Vous verrez bien au Lycée, on "approfondit" un peu plus. On ne va pas parler de l'OAS à des gamins de 13 ans.

Troska : ce que tu dis est très péremptoire. Il y a la dose en ce qui concerne la "Royauté" et tout le bataclan. La dose aussi sur l'enracinement républicain, et patati et patata.
Tout cela n'a pas besoin d'être "recentré", c'est déjà le centre.
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Re: L’histoire de France triomphe, sauf à l’école

Message par Camarade Troska le Jeu 11 Juil - 16:30

C'est très superficiel, à mon avis. Je veux bien croire que le nombres d'heure de cours ne permet pas de faire année après année, mais voilà quoi.
Cela dit, en ce qui concerne l'histoire, je préfère dire aux lycéens ou étudiants qui sont intéressés, de venir assister à des topos historiques organiser par nos soins, c'est bien plus enrichissant que leurs cours et bien plus détaillé.
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Re: L’histoire de France triomphe, sauf à l’école

Message par Charles Pasqua le Jeu 11 Juil - 16:31

c'est bien vrai.
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